Publié par : Benoît Léty | 18 février, 2008

EDF s’inquiète du vieillissement de ses centrales nucléaires

Les 58 réacteurs du parc nucléaire français d’EDF s’apprêtent à passer les uns après les autres le cap de la trentaine! Rappel: leur durée de vie initiale était de 25 ans. En créant avec des partenaires internationaux un institut d’études du vieillissement des centrales nucléaires, EDF espère prolonger cette espérance de vie au-delà des 40 ans. L’enjeu est grand: à quand le renouvellement (ou non) de ce parc nucléaire?

C’est un article des Echos de la semaine passée qui a révélé l’information: « EDF veut prolonger la vie des centrales nucléaires ». L’institut de recherche MAI, créé en collaboration avec d’autres opérateurs étrangers, doit montrer que les centrales nucléaires peuvent être exploitées plus d’une quarantaine d’années. Dans cet article, Jean-Pierre Hutin, directeur des programmes de recherche « production » explique qu’EDF souhaite « démontrer [sa] maîtrise des phénomènes de vieillissement ». Il justifie cet important effort financier (15 millions d’euros d’investissement) par le fait qu’EDF est seul à avoir « autant de réacteurs aussi similaires. Nous avons intérêt à ne pas nous laisser surprendre ».

Les réacteurs français ont en effet quasiment tous été construits sur le même modèle. Pourquoi? Retour dans les années 70-80: suite à la crise pétrolière, les gouvernements successifs et EDF notamment font le choix du nucléaire. La centrale de Fessenheim en Alsace est mise en service en 1978, puis en quelques années suivent une trentaine de réacteurs.

Donc même en tablant sur une espérance de vie de 40 ans, la grosse majorité des 58 réacteurs du parc français seraient hors-service avant 2025. D’où l’intérêt de prouver que les centrales nucléaires peuvent passer ce cap de la quarantaine.

les-echos-zones-critiques-centrales.jpg 

Source schéma: Les Echos

Certains éléments des centrales sont irremplaçables

Le principal obstacle à l’allongement de l’espérance de vie d’un réacteur est l’impossibilité de remplacer certains composants, comme la cuve du réacteur et l’enceinte de confinement (PDF: asn.pdf). Pour le reste, l’important est de détecter et prévenir les dégradations. L’institut MAI s’intéressera principalement aux équipements influençant la sûreté de la centrale. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) examine déjà l’état des centrales vieillissantes. Selon un rapport de l’ASN, une première étape fondamentale est l’étude de la centrale à 30 ans. C’est justement l’âge de la centrale de Fessenheim, la première des centrales « en série »…

Un enjeu économique et politique!

La possibilité d’allonger la durée de vie des centrales est aussi et surtout un enjeu crucial pour EDF. D’une, au niveau politique, cela permet de retarder les débats à propos du renouvellement de ce parc. De deux, au niveau économique, cela permet de retarder des investissements plus lourds que celui de la création de cet institut MAI: la construction de nouvelles centrales nucléaires à la place des vieilles ou la construction de nouvelles capacités de production éventuellement non-nucléaires… Dans un document de Greenpeace contre la prolongation de la vie des centrales nucléaires belges, l‘ONG cite l’Agence internationale de l’énergie en 2001: « En l’absence de changements dans la politique concernant l’énergie nucléaire, la durée de vie des centrales est le facteur le plus déterminant pour l’électricité nucléaire pour la décennie à venir ». Cela n’empêche qu’un jour, ces centrales seront out et qu’il faudra trouver une solution de rechange, laquelle? …

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Responses

  1. Un bon dossier sur l’énergie nucléaire en France et dans le monde :
    http://futura24.site.voila.fr/nucle/nucle.htm

    Entre autres, un article sur les 58 réacteurs nucléaires français, avec leur âge et leurs caractéristiques.

    On apprend aussi que les réacteurs français ne fonctionnent qu’à 72 % de leurs possibilités au lieu de 82% en moyenne mondiale.

    Le suréquipement nucléaire de notre pays y est pour beaucoup. Quelques explications dans un autre article sur les échanges d’électricité, où l’on voit que l’Allemagne, le Danemark et l’Espagne sont des exportateurs nets d’électricité alors que la Belgique, avec 55% de nucléaire, est un très gros importateur.

    Ne manque t-il pas quelques énergies renouvelables en Belgique ?


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